La génération androïde, la génération sans « comment ? »

Cela fait 5 mois que je n’ai pas écrit. Cela fait 5 mois que ce billet trotte dans ma tête. En 140 caractères, je l’exprime parfois. Alors il aura l’air pessimiste. Je suis une amoureuse de tic depuis 2008. Comme les jeunes couples, ma nuit de noces avec elles est définitivement passée. Cette époque où les discours qui les accompagnaient, mettaient en avant une révolution sociale. Tout sera plus rapide, instantanée. L’information circulerait plus vite, les marchés à l’international seront plus ouverts grâce à une petite boite magique, et une toile magique. Cette « société de l’information » qui pendant longtemps a caractérisé uniquement les pays les plus développés, s’est propagée au sein du continent africain. Aujourd’hui, Africa is the future ne fait plus l’ombre d’un doute ?

Africa is the future ?

Bernard Miège m’avait mise en garde pourtant. Il décrivait cette société conquise par la communication, de manière dure. Pour lui, L’espace public est morcelé en communautés, en individualités, en une société de spectacle. Tout est mis en place pour magnifier le spectacle, la recherche du scoop, le sensationnel. Elle attaquerait tous les pans de la société. Tout va trop vite ! Tout est revu au schéma simpliste d’un appel, d’un outil. Communiquer est ramener à l’outil, est ramener à la distance. Après la deuxième guerre mondiale, la cybersociété dont il s’agissait, était de rapprocher, d’éviter le quiproquo, les malentendus, les bruits. L’Afrique jouirait de toute cette technologie. Le code , le code, l’avenir de l’Afrique et surtout de son intelligence.
En 2008, j’ai commencé à le croire. J’y ai cru. Je me suis cassée la gueule sur plein de projets et applications. Nous sommes en 2016, et l’univers a bien changé. Les systèmes sociaux ont bien changé. La société est régie par des logiques sociales bien curieuses. La tendance : l’entreprenariat 2.0 intensifiée, amplifiée par les RS, le coût démocratique d’internet. L’outil est dompté, c’est un fait ! La multiplication des start-ups d’E-commerce, des conférences de formation, des séminaires à la réalisation d’une entreprise aidée par les RS. Dans l’environnement africain, camerounais, ça bouge. Les boulots de l’heure : ingénieur en Informatique, Social media manage, Digital Officer, mais surtout entrepreneur 2.0.

Entrepreneuriat 2.0 en Afrique

Dans les pays de l’Afrique subsaharienne et selon la Banque mondiale, la jeunesse compte pour 60% de l’ensemble des chômeurs. Chaque année, c’est près de 10 à 12 millions de jeunes. L’entrepreunariat s’est développé aussi vite qu’on ne l’aurait espérer. Les TIC y contribuent grandement. Dès 2010, les exemples de l’Afrique de l’Est nous parviennent. La région anglophone nous pousse les francophiles, a copié les Success stories. Ma flamme s’est ravivée. Les articles fusent. Les médias s’y intéressent. Les exemples concrets sont là : Africa is the furture !
A travers le code, on génère des profits. Les entrepreneurs se multiplient sur tout le continent. Les orientations scolaires changent. Les multinationales lancent des concours, remercient les participants. Les organisations internationales organisent des concours, remettent des prix et des contributions aux startups déjà mis en place, parfois aux projets. Les américains et les startups weekend, Global entrepreneurship week, nous sommes en 2013. Aujourd’hui, il est commun, il est normal d’avoir ses success stories.

La société de consommation, de spectacle n’est pas très loin. On consomme les success stories. Les entreprises s’y nourrissent. C’est une communication institutionnelle et gratuite, c’est du social. Cela fait vendre la presse : We can do also, just try ! L’entrepreneuriat au capital des likes, des selfies, et d’une présence web Très vite est apparu sur l’espace public : l’entrepreunariat d’une présence digitale. Il faut occuper l’espace public. Il faut être présent quoiqu’il en coute. Il faut affirmer sa particularité.

Passage TV, selfie conférence, longue heure sur les réseaux sociaux, maitre-conférencier sur toutes les plateformes digitales, partage des articles de presse. Le Capital est pour nombre d’entre eux, l’engagement généré sur leurs comptes RS. Mais l’influence se transforme à quel moment ? Cela peut-être la faute de cette presse à la recherche du sensationnel ? Cela peut être à cause de cette quête sur médiatisation des outils (filmer en temps réel tout et pour tout, susciter l’intérêt) Le passage d’un web entrepreneur sur Vox Africa (vox jeunesse) est le point culminant, qui m’a reveillé de ma léthargie. Il est rappeur, il vend ses t-shirts, il est toujours classe. Mais lorsqu’il parle de l’avenir de sa startup, c’est en termes d’élévation et non de faits : « je serais demain quelqu’un, j’y travaille. Je suis différent des autres et je vais réussir. » Et dans ma tête, j’attendais le moment : comment ? Il n’est jamais venu. C’est la surexposition qui était à l’ordre du jour.

La jeunesse africaine s’est-elle arrêtée au rêve ?

Le Comment est une question bien difficile ? C’est la faute à sa « façon » de s’approprier des TIC ? La logique entrepreunariale et son culte autour de la personnalité et non du projet. Au Cameroun, une nouvelle tendance est née : le startupper. Les multinationales, le gouvernement, la presse, n’hésitent pas de les mettre en avant.
Aujourd’hui, nous avons MTN Cameroon , Orange Cameroun, Total Cameroun, Société générale http://www.camerleadership.org/, bientôt une télé-réalité qui médiatisent ces « promesses » de demain.

Le Cameroun continue toujours à être cette sphère griotique, où ceux qui chantent plus forts, donnent l’impression d’évoluer. Cependant, La lueur d’espoir reste-t-elle dans la reconnaissance de l’Etat sur la portée de l’économie numérique ? La communauté est-elle prête à prendre le pas sur le rêve, et entamer enfin des actions véritables? Le problème reste-t-il la nébuleuse du nouvel espace public, celui du sensationnel ?

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Je vais contextualiser Elsa Godart, et dire qu’on vit dans une ère où l’acte selfique de sa personne et non de son projet, révèle d’une masturbation massive de son acte vers un pan de la pratique entrepreunariale: rêver

Bref, 2035 nous dira !